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On parle de nous

Compte rendu paru dans:

Hiram

Revue du «Grande Oriente d’Italia»
n. 2/2005

      La haute figure de René Guénon a suscité un intérêt croissant au fil des dernières décennies auprès d’une palette de lecteurs toujours plus large et variée, si bien qu’on peut aujourd’hui affirmer que, dans le milieu dit de l’«intellectualité», bien rares sont ceux qui n’ont pas eu l’occasion de parcourir au moins l’un de ses ouvrages. Malgré cela, l’un des aspects les plus importants de cette œuvre, c’est-à-dire l’aspect spécifiquement maçonnique, est resté presque inexploré jusqu’à présent, notamment en Italie où les centaines de pages que l’auteur a consacrées à l’histoire et au symbolisme de l’Ordre sont souvent négligées par les Frères, et sa discrète mais profonde influence sur la Maçonnerie française de la seconde après-guerre complètement ignorée.

      On peut incontestablement voir là une occasion manquée, si l’on considère l’abondance des données qu’on peut trouver dans une œuvre dont on met souvent en exergue la rigoureuse cohérence de fond mais dont on néglige, peut-être par superficialité, les multiples facettes qui sont autant de reflets d’une vision véritablement «universelle», comme en témoignent ces mots tirés d’un article paru voilà presque cent ans: «L’idéal maçonnique devra-t-il dépendre des tendances individuelles de chaque homme et de chaque fraction de l’humanité? Nous ne le pensons pas; nous estimons au contraire que cet idéal, pour être vraiment “l’Idéal”, doit être en dehors et au-dessus de toutes les opinions et de toutes les croyances, comme de tous les partis et de toutes les sectes, comme aussi de tous les systèmes et de toutes les écoles particulières, car il n’y a pas d’autre façon que celle-là de “tendre à l’Universalité” en “écartant ce qui divise pour conserver ce qui unit”; et cet avis doit assurément être partagé par tous ceux qui entendent travailler, non à la vaine édification de la “Tour de Babel”, mais à la réalisation effective du Grand Œuvre de la Construction Universelle».

      Ces lignes furent écrites voici près d’un siècle, un siècle parcouru de changements parmi les plus radicaux que l’histoire ait enregistrés et où la Maçonnerie dut affronter l’ostracisme des masses et la persécution des régimes, mais on ne peut dire qu’elles soient moins actuelles aujourd’hui qu’alors, ni que la synthèse entre Orient et Occident, souhaitée par René Guénon tout au long de sa vie, soit moins nécessaire en l’état présent: tout au contraire. En outre existe-t-il un «lieu» plus apte que la Maçonnerie à servir de véritable point de rencontre entre hommes d’origine, mentalité et culture différentes, voire même étrangères, sans qu’il y soit imposé d’approuver quelque «idéologie» que ce soit?

      Dans cette perspective l’œuvre de Guénon peut fournir, à ceux qui ont à cœur d’accomplir cette tâche, un support d’une richesse et d’une profondeur difficilement comparables, à condition de ne pas en tirer prétexte pour prôner un dogmatisme ésotérique contradictoire par définition, et qui ne serait rien d’autre qu’une parodie de cet approfondissement initiatique que ce même Guénon considérait comme le moyen par excellence d’atteindre de l’intérieur à la synthèse réelle de ce que chacune des différentes traditions et cultures peut offrir de plus élevé à l’homme d’aujourd’hui.

      Les deux premiers numéros de La Lettre G démontrent la fécondité de ce type d’approche, grâce à laquelle les mots et les idées d’auteurs traditionnels de l’Hindouisme, de l’Islam et même du Taoïsme trouvent leur correspondance et leur résonance dans les symboles et les expressions de la doctrine maçonnique, comme le mettent en lumière l’étude de L. M. sur Les trois gunas et l’initiation, qui applique les fondements de la cosmogonie hindoue à la lecture des rites maçonniques, ou encore l’article de Franco Peregrino Sur la fraternité, qui fait ressortir les nombreux rapports existant entre l’initiation maçonnique et le Taçawwuf islamique.

      La ritualité maçonnique occupe un rôle central dans les articles Remarques sur quelques symboles maçonniques et À propos des répétitions rituéliques de Denys Roman, auteur qui entretint une correspondance avec René Guénon dans les années 40 et rédigea plusieurs études sur des sujets maçonniques pour diverses revues dont les Études Traditionnelles, Vers la Tradition et Renaissance Traditionnelle. L’approfondissement du patrimoine symbolique de l’Ordre fait l’objet de l’article de Giovanni Testanera sur The point within a circle, qui se rapporte en particulier au Rite Emulation, et de celui de Franco Peregrino, Le rite de la «Chaine d’union», où l’auteur examine les significations les plus profondes d’une pratique rituelle qui tire vraisemblablement son origine des rituels des Maçons opératifs.

      Les articles Changer de mentalité de L. M. et Le langage du silence de Giovanni Testanera traitent du thème de l’opérativité envisagée au sens général, et cherchent à montrer de quelle façon les Maçons d’aujourd’hui peuvent arriver à développer les qualités nécessaires pour retirer un bénéfice réel de la participation au travaux de Loge, et se préparer ainsi à contribuer, en mode effectif et non pas seulement figuré, au Grand Œuvre de la Construction Universelle. Enfin, les deux articles de René Guénon, «Rassembler ce qui est épars» et La Chaîne des Mondes, qui complètent l’ensemble des contributions aux deux premiers numéros de cette revue, mettent en évidence, avec la magistrale limpidité qui distingue cet auteur, le riche tissu de correspondances et d’ouvertures qui caractérise les authentiques symboles initiatiques.

      Pour conclure, il nous semble utile de recommander la lecture de cette nouvelle revue à ceux qui cherchent à aborder de façon réfléchie les thèmes de la ritualité et du symbolisme maçonniques, et qui ne se contentent pas de la stérile érudition livresque qui marque trop souvent les écrits de ceux qui examinent ces sujets «de l’extérieur», sans avoir la moindre idée du but en vue duquel ces rites et ces symboles sont parvenus jusqu’à nous from time immemorial. Le fait que La Lettre G s’engage dans une tâche aussi ardue sous l’égide de l’œuvre de René Guénon, œuvre abritée durant tant d’années dans les pages de la Rivista di Studi Tradizionali qui a récemment cessé de paraître en Italie, est sans doute de bon augure: aux Frères le vœu qu’ils puissent faire les plus longues avancées sur ce difficile chemin.




Compte rendu paru dans:

Officinæ

Revue de la «Gran Loggia d’Italia»
n. 3/2006

      «Pour nous, la Maçonnerie ne peut et ne doit se rattacher à aucune opinion philosophique particulière, [...] elle n’est pas plus spiritualiste que matérialiste, pas plus déiste qu’athée ou panthéiste, dans le sens que l’on donne d’ordinaire à ces diverses dénominations, parce qu’elle doit être purement et simplement la Maçonnerie. Chacun de ses membres, en entrant dans le Temple, doit se dépouiller de sa personnalité profane, et faire abstraction de tout ce qui est étranger aux principes fondamentaux de la Maçonnerie, principes sur lesquels tous doivent s’unir pour travailler en commun au Grand Œuvre de la Construction universelle».

     C’est par cet incipit, rédigé par le Fr René Guénon sous le pseudonyme de Palingénius, que s’ouvre le premier numéro de la revue maçonnique La Lettre G , qui s’est assorti ensuite d’une seconde puis d’une troisième publication.

      Inspirés des doctrines traditionnelles magistralement exprimées par René Guénon, les articles ont le mérite de faire ressortir l’un des aspects les plus importants de l’œuvre de cet auteur: l’aspect maçonnique, bien négligé jusqu’à présent, du moins chez les lecteurs italiens, à cause en outre de l’influence, bien peu désintéressée, de prétendus «partisans» de cette œuvre comme Julius Evola, qui afficha tout au long de sa vie une attitude de méprisante hostilité vis-à-vis de la Maçonnerie.

      Le fait que des idées comme celles qu’exprime Evola courent encore aujourd’hui dans l’univers hétérogène des lecteurs de René Guénon est d’ailleurs consigné par L.M. dans son article Changer de mentalité, paru dans le premier numéro de la nouvelle revue: «Pour commencer, et du fait que les “préoccupations” des anti-Maçons, qu’ils soient “traditionnels” en apparence ou même prétendument “guénoniens”, risquent de s’infiltrer à l’intérieur de l’Ordre et d’influer sur la mentalité de ceux qui n’ont pas encore une claire idée de ce qu’est l’initiation, nous examinerons ici certaines prises de position qui ont dénaturé plus ou moins complètement le sens de cet avertissement, et dont les responsables sont animés d’une incompréhension manifeste non moins que d’un incurable esprit partisan». L’exposé, très instructif, est suivi d’une synthèse lucide et éclairante sur le thème de l’opérativité, entendue en tant qu’effort visant à développer les qualités requises pour parvenir à une participation effective aux travaux de Loge, et se conclut par cette affirmation: «la réalisation ne peut consister en une déclaration purement verbale, reprise sans effort à partir d’emprunts livresques, quand bien même on se serait d’abord “mortifié” longuement, mais inintelligemment, par toutes sortes de rites», alors que, en réalité, il est «indispensable de se soumettre jusqu’en ses ultimes conséquences au “dépouillement des métaux” pour pouvoir espérer atteindre cette réalisation spirituelle sur laquelle aujourd’hui tant de monde se perd en divagations totalement hors de propos».

      Deux autres articles du premier numéro sont consacrés au thème de l’opérativité maçonnique: Sur la fraternité par Franco Peregrino, qui met en relation l’initiation maçonnique avec la forme initiatique propre à la tradition islamique, et The point within a circle par Giovanni Testanera, qui examine certains aspects symboliques de la Maçonnerie anglaise en analysant leur signification à partir de l’œuvre de René Guénon.

      Parmi les contributions du second numéro se trouvent un article de L.M. sur Les trois gunas et l’initiation, qui met en lumière de nombreuses correspondances de grand intérêt entre les formes occidentales et les doctrines cosmogoniques hindoues, l’article Remarques sur quelques symboles maçonniques de Denys Roman, correspondant de Guénon à la fin des années 40 et auteur de nombreuses études maçonniques, et un texte de Franco Peregrino sur Le rite de la «Chaîne d’Union », qui étudie une pratique rituelle issue, selon toute vraisemblance, des rites des Maçons opératifs.

      Le troisième numéro présente la traduction d’extraits du Rituel des Francs-Maçons Opératifs de Thomas Carr, ouvrage jusqu’à présent inédit en langues française et italienne et basé sur les divulgations de Clément Stretton relatives aux rituels de la Worshipful Society, descendante directe, selon certains auteurs, des guildes maçonniques opératives, qui pratiquaient un système rituel en sept degrés antérieur à la constitution de la Grande Loge d’Angleterre en 1717. Dans ce même numéro, Pietro Gori traite de Doctrine et méthode maçonniques, et montre que l’enseignement maçonnique s’est perpétué sous forme symbolique non pas «en conséquence de quelque “convention”, plus ou moins ancienne, mais bien en vertu de l’origine “non humaine” – autrement dit supra-rationnelle – des symboles eux-mêmes», et Giovanni Testanera, dans son article sur Le sacré aujourd’hui, cherche à déterminer le rôle qui pourrait être celui de la Maçonnerie face aux défis de l’«intégrisme» moderne: «au moment même où la vision profane semblerait former l’unique horizon possible de l’Occident, en oblitérant chez des millions de nos contemporains l’idée même que la vie puisse avoir un sens supérieur à la simple satisfaction des besoins matériels, voilà que l’aspiration au sacré refait surface sous des formes inattendues ou incongrues, suscitant des interrogations auxquelles bien peu de gens semblent en mesure de donner des réponses satisfaisantes».




Compte rendu paru dans:

La Chaîne d’Union

Publiée par le «Grand Orient de France»
n. 39/2007

      Relativement peu nombreuse mais morcelée comme la française, la franc-maçonnerie italienne subit encore les conséquences des persécutions, discriminations (et scandales) qui ont été son lot. Mais elle est vigoureuse, elle comporte une aile féminine active et elle surmontera ses difficultés. Avec La Lettera G, un groupe affiche une belle volonté de recherche intellectuelle.

      Publiée par l’Associazione Culturale Keystone, de Turin, qui donne peu d’informations sur elle-même, la revue est bilingue, française et italienne: dans ce numéro, pris de face, on peut lire la moitié (99 pages) dans la langue de Dante; dans l’autre, c’est 105 pages dans celle de Molière. Le sommaire est le même: cinq textes copieux et approfondis dans les deux langues donc, plus une rubrique bibliographique substantielle.

      C’est le contenu qui compte: dans le numéro daté Automne 2005, on trouve une remarquable étude de Pietro Gori sur Doctrine et méthode maçonniques, une autre de Franco Peregrino, Réflexion sur le grade de Compagnon et une réflexion de Giovanni Testanera sur Le sacré aujourd’hui. À quoi s’ajoute la reproduction de deux textes que tout franc-maçon soucieux de placer son propre engagement dans une perspective longue doit avoir lus: Parole perdue et mots substitués, de René Guénon, qui date de 1948, et Le rituel des francs-maçons opératifs, par Thomas Carr, qui date de 1911.

      Si l’on dit que la tendance générale de cette revue se rattache au courant traditionelle maçonnique, il ne faut pas y voir une critique mais un éclairage. À ce titre, cette curieuse revue mérite qu’on l’acquière.





Hiram - n. 2/2005 

Officinæ - n. 3/2006 

La Chaîne d’Union - n. 39/2007 

 
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