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Minerve à l’Orient
La Lettre G n° 8, pp. 33-46
(Extraits)
«Minerve me pousse de son souffle,
Apollon me conduit et les neuf
muses me montrent les Ourses»[1].
Dante, Par., II, 8-9
En lisant les pages de l’Orazione di congedo[2] de Giordano Bruno, notre attention fut attirée
par les considérations que l’auteur développe
tout d’abord sur le «jugement de Pâris» pour le comparer
quelques lignes après au «choix» de Salomon.
On sait que, dans les deux cas, il s’agit de ce qu’on
pourrait appeler les trois «aspects divins» hiérarchiquement
ordonnés, par rapport auxquels Pâris et Salomon
adoptent des attitudes diamétralement opposées
qui correspondent au fond à leurs tendances
respectives[3]. Dans le premier cas, la préférence que
Pâris accorde à Vénus le conduit, et tous les Troyens
avec lui, à la ruine. On pourrait considérer que c’est
là l’attitude du profane qui, faisant prévaloir l’«extérieur» sur l’«intérieur», ne peut s’affranchir des
apparences et y demeure donc irrémédiablement assujetti.
Dans l’autre cas par contre, Salomon, outre
la Sagesse à laquelle allait sa prédilection[4], obtint
«par surcroît» la puissance et la beauté. Il est intéressant
d’observer dès à présent que Salomon, dont
le nom signifie «roi pacifique», réunit et synthétise
à la fois – précisément en vertu de son inclination
pour la Sagesse, dirons-nous –, des fonctions royales
et sacerdotales, qui en font l’équivalent de l’«homme
véritable» de la tradition extrême-orientale, correspondant
en Maçonnerie au grade de Maître et,
donc, à la restauration de l’«état primordial»[5]. Nous
reviendrons plus loin sur l’intérêt de cette observation
pour ce que nous nous proposons dans la présente
étude. Il est d’ailleurs superflu de rappeler
l’importance que revêt, dans le symbolisme maçonnique,
cet aspect «salomonique», lié en l’occurrence
à la construction du Temple de Salomon, symbole
du «Centre du Monde»[6].
Or, parmi les symboles qui ornent la Loge maçonnique,
la figure de Minerve, située à l’Orient
dans les Obédiences latines, nous semble mériter
une attention particulière en rapport avec ce que
nous venons de dire. À première vue il semblerait
plus approprié de parler à ce propos d’une figure allégorique
mais, comme nous essayerons de le montrer,
la portée de sa signification va au-delà de la
simple allégorie. Avant tout cette figure est mise en
correspondance avec la Sagesse, attribut du Vénérable
Maître, tandis que la Force et la Beauté, attributs
respectifs du 1er et du 2e Surveillant – donc associés
à la Colonne des Compagnons et à celle des
Apprentis –, sont généralement représentées par
Hercule et Vénus[7]. Cette constatation nous amène à
souligner une chose qui devrait pourtant paraître évidente:
si Minerve est mise en correspondance avec
la Sagesse, on devra trouver dans ses caractères distinctifs
un lien précis et nécessaire entre ces derniers
et la Sagesse. Nous voulons dire que, comme pour
tout symbole, il devra y avoir un rapport rigoureux
entre le symbole même et ce qui est symbolisé, conformément
aux lois générales du symbolisme.
Du reste, on peut relever à cet égard d’intéressantes
correspondances avec les données d’autres
formes traditionnelles, car elles sont susceptibles de
se révéler très utiles à l’approfondissement de la signification
et de la portée de la figure symbolique de
Minerve. Considérant certains «aspects divins» dans
le cadre de la tradition hindoue, René Guénon signale
que «Lakshmî est la Shakti [ou “puissance”] de
Vishnu; Saraswatî ou Vâch est celle de Brahmâ; Pârvatî,
est celle de Shiva. Pârvatî est aussi appelée Durgâ,
c’est-à-dire “celle qu’on approche difficilement”.
Il est remarquable qu’on trouve la correspondance
de ces trois Shaktis jusque dans les traditions occidentales:
ainsi, dans le symbolisme maçonnique, les
“trois principaux piliers du Temple” sont “Sagesse,
Force, Beauté”; ici, la Sagesse est Saraswatî, la Force
est Pârvatî et la Beauté est Lakshmî»[8]. Quelques lignes
auparavant, parlant du stade du pânditya, c’està-
dire du «savoir», correspondant à Saraswatî, il observe
que c’est un «[…] attribut qui se rapporte à
une fonction d’enseignement: celui qui possède la
Connaissance est qualifié pour la communiquer aux
autres, ou, plus exactement, pour éveiller en eux des
possibilités correspondantes, car la Connaissance, en
elle-même, est strictement personnelle et incommunicable.
Le Pandita a donc plus particulièrement le
caractère de Guru ou “Maître spirituel” […]»[9].
On remarquera que ces termes s’appliquent parfaitement
à Minerve telle qu’envisagée en Maçonnerie,
c’est-à-dire, comme nous l’indiquions, en rapport
avec la Sagesse et avec la fonction du Vénérable
Maître qui «instruit les Frères à la lumière de sa
propre Science Maçonnique»[10]. D’autre part, si le
lien qui unit les «trois piliers du Temple» aux trois
fonctions principales de la Loge permet de faire une
étroite relation entre ces dernières et les trois grades
symboliques, c’est que la Sagesse devra être une caractéristique
spécifique de la «Chambre du Milieu».
Cette dernière représente l’«état» dans lequel se «situe» le Maître Maçon qui, ayant acquis la «plénitude
des droits maçonniques», a entre autres facultés
celle de se «positionner» indifféremment sur l’une
ou l’autre «Colonne». À ce propos il faut relever que,
dans la Maçonnerie latine, sur le plateau du Vénérable
Maître se trouve une colonnette dorique, dite
«de la Sagesse» (tandis que sur les plateaux des Surveillants
se trouvent celles «de la Force» et «de la
Beauté», ornées suivant d’autres «ordres» d’architecture).
La position «centrale» de cette colonnette
par rapport aux deux autres rappelle le symbolisme
du caducée hermétique, où «[…] la baguette centrale
correspond à sushumnâ et les deux serpents à
idâ et pingalâ; celles-ci sont aussi représentées parfois,
sur le bâton brâhmanique, par le tracé de deux
lignes hélicoïdales s’enroulant en sens inverse l’une
de l’autre, de façon à se croiser au niveau de chacun
des noeuds qui figurent les différents centres. Dans
les correspondances cosmiques, idâ est rapportée à
la Lune, pingalâ au Soleil, et sushumnâ au principe
igné; il est intéressant de noter la relation que ceci
présente avec les trois “Grandes Lumières” du symbolisme
maçonnique»[11]. Ce passage fait ressortir que
la «centralité», liée à la «Sagesse», suppose une condition
d’équilibre entre les deux courants «subtils»[12]
qui, en Maçonnerie, sont respectivement rapportés
au Soleil et à la Lune, condition symbolisée par
l’«Étoile Flamboyante» qui représente «l’homme régénéré»[13].
On sait d’autre part que, selon le mythe, Athéna,
identifiée à Minerve par les Latins, sortit toute armée
de la tête de Jupiter. Platon, dans le Cratyle, attribue
à Socrate la définition d’Athéna comme «theou noesis», qui signifie «pensée divine», et il dit qu’Homère
a représenté en elle le «noûs» (mental) et la «dianoia» (intelligence). Il ajoute encore qu’elle est «a
theonoa», «theonoe» signifiant «intelligence divine»,
ce qui est tout à fait cohérent avec le récit mythique.
Remarquons en passant que, de ce point de vue,
Athéna/Minerve présente nombre d’analogies avec
l’«amorosa Madonna Intelligenza» de Dino Compagni
et des «Fidèles d’Amour»[14].
Parmi ses attributs il y a celui de la guerre, mais selon
des caractéristiques différentes de celles de Mars
qui représente plutôt la guerre en tant que destruction
et furie «aveugle» alors que, chez Minerve, il
s’agit de la guerre conçue en tant que rétablissement
de l’«ordre». Minerve ne combat que si nécessaire
et dans une fonction équilibrante, et, à une ou deux
occasions, elle défit Mars lui-même. Elle accompagne
les héros et les «inspire» dans les guerres aussi
bien que dans leurs «pérégrinations»: Ulysse, Diomède,
Héraclès, Jason, Persée, Bellérophon. Giordano
Bruno relie ce côté guerrier au fait que, «[…]
la vie de l’homme sur cette terre n’étant qu’un combat,
[Minerve] est celle qui dompte l’improbité des
scélérats, en étouffe l’audace et en brise les desseins.
[…] Et, puisque c’est la sagesse, mère de toute diligence,
qui est la plus nécessaire dans la conduite des
guerres, ces guerres fussent-elles menées contre des
ennemis visibles ou invisibles, il en résulte que Minerve
est la déesse des belligérants»[15]. Il va sans dire
que, lorsque nous parlons de guerre et des attributs
militaires de Minerve, nous avons en vue avant tout
la lutte intérieure que l’initié est tenu de mener sans
relâche contre les «vices» et les «passions», cela dans
le but d’unifier et d’intégrer les «puissances» auparavant
dispersées de son individualité. Mais en même
temps, nécessairement dirons-nous, ce combat
ne peut que s’étendre à l’ensemble du «milieu» où
se situe cette individualité[16], de sorte que, finalement,
il s’agit en réalité d’une seule et même «guerre», laquelle
correspond du reste à l’oeuvre «constructive»
que le Maçon est appelé à accomplir en lui-même et
donc, simultanément, sur le «chantier du monde»[17].
D’un autre côté, Minerve est également considérée
comme la protectrice des Arts, ce qui la place en
relation directe avec l’«art de la construction» et,
plus généralement, avec les Arts Libéraux dont la
Maçonnerie a toujours gardé le souvenir[18]. A partir
de ce que nous avons dit jusqu’ici, on peut aisément
comprendre que Minerve synthétise en elle les fonctions
sacerdotales, royales ou guerrières, mais aussi,
précisément, «artisanales», autrement dit l’ensemble
des fonctions qui sont propres aux trois castes «deux
fois nées»: Brâhmanes, Kshatriyas etVaishyas. Ce qui
est d’ailleurs digne de remarque d’autre part, c’est
qu’une autre de ses épithètes soit «Tritogeneia», généralement
interprétée comme voulant dire qu’elle
est née sur les rives du fleuve Triton[19]; dans son livre
sur Les mythes grecs, R. Graves précise cependant
qu’«Athéna fut à l’origine la triple déesse […]»[20];
dans plusieurs de ses figurations elle apparaît coiffée
d’un casque à trois cimiers. On pourrait rattacher
cette triple fonction à celle de l’Hermès trismegistos
ou «trois fois grand», représenté à la fois comme
«roi» et «pontife»[21].
Si l’on envisage maintenant les choses sous un
angle un peu différent, la racine étymologique de
Minerve met celle-ci en rapport ou bien avec le «mental» ou bien avec l’homme en tant qu’espèce précisément
caractérisée par le «mental» auquel correspond
la faculté rationnelle: «Ce n’est pas sans motif
[…] qu’une même racine man ou men a servi, dans
des langues diverses, à former de nombreux mots qui
désignent d’une part la lune (grec mênê, anglais
moon, allemand Mond), et d’autre part la faculté rationnelle
ou le “mental” (sanscrit manas, latin mens,
anglais mind), et aussi, par suite, l’homme considéré
plus spécialement dans la nature rationnelle par
laquelle il se définit spécifiquement (sanscrit mânava,
anglais man, allemand Mann et Mensch). La raison,
en effet, qui n’est qu’une faculté de connaissance
médiate, est le mode proprement humain de
l’intelligence; l’intuition intellectuelle peut être dite supra-humaine, puisqu’elle est une participation directe de l’intelligence universelle, qui, résidant dans le coeur, c’està-
dire au centre même de l’être, là où est son point de contact
avec le Divin, pénètre cet être par l’intérieur et l’illumine de
son rayonnement»[22] [souligné par nous].
Ces dernières phrases se rapportent à des aspects
extrêmement importants de l’initiation: d’une part,
celui qui concerne la raison entendue comme sommet
des facultés individuelles humaines; de l’autre,
celui qui concerne l’intuition intellectuelle entendue
comme faculté supra-humaine située au centre
de l’être, seule en mesure d’«illuminer» de l’intérieur
non seulement l’individualité elle-même mais
l’être tout entier, dans la totalité de ses états et modalités.
Il est évident que le rapport entre ces deux
«facultés» – notamment de «subordination» de la
première à la seconde – revêt une grande importance
en considération du but de l’initiation, et permet
de comprendre pourquoi, dans la voie maçonnique,
la plus vigilante attention est portée au développement
correct et à l’intégration de tous les aspects individuels,
spécialement de la raison, car c’est seulement
sous condition d’être «bien dirigée» que cette
faculté est en mesure de «refléter» dans le domaine
humain les principes universels[23]. De ce point de vue,
la nature de la fonction de Minerve peut alors être
considérée comme l’«intelligence universelle» en
tant que réfléchie et «située», pour ainsi dire, dans
l’être humain[24]. [...]
Pietro Gori
notes
1. G. Bruno, Discours
de congé, Traduction par Alexandre Masseron, Éditions Albin Michel, Paris, 1947.
2. «Opere di Giordano Bruno», in Enciclopedia Italiana della
Letteratura Italiana,Treccani, Rome, 2004, vol. 33, pp. 661-677.
3. Nous citerons à ce propos quelques passages de G. Bruno:
«A Junon consacrent la pomme ceux qui sont avides de
puissance, richesses, principautés, royaumes et empires. A
Minerve ceux qui placent avant toute chose le conseil, la prudence,
la sagesse et l’intellect. A Vénus ceux qui goûtent les
amitiés, les compagnies, la tranquillité de la vie, la beauté, la
délectation et les plaisirs. En ce théâtre du monde, même si
toutes et chacune de ces choses sont aimées de tous et de
tout un chacun au plus haut degré, il n’en reste pas moins
qu’il n’est pas possible de servir et honorer semblablement
toutes les déesses de cette triade ni, par conséquent, d’attendre
de toutes une faveur semblable. A une déesse unique,
et pas à trois, nous pourrons consacrer une pomme d’or
unique (c’est-à-dire l’affection de notre coeur), et non trois
pommes, pour que ce ne soit pas en vain» (G. Bruno, op. cit.).
4. «Ecoutez Salomon: “Je l’ai préférée – dit-il – aux sceptres
et aux trônes, et j’ai tenu la richesse pour rien au prix de la
Sagesse. / Je ne lui ai pas comparé la pierre précieuse, parce
que tout l’or auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et que
l’argent, devant elle, sera compté comme boue. / Je l’ai aimée
plus que la santé et la beauté, j’ai joui d’elle plutôt que
de la lumière du soleil, car la clarté qui en procède ne s’éteint
jamais. / Avec elle me sont venus tous les biens, et dans ses
mains d’innombrables richesses. / Je m’en suis réjoui parce
que la Sagesse en est le guide, mais j’ignorais qu’elle en fût
la mère”» (tiré de la Bible, Sag., 7, 8 à 12; in G. Bruno, op.
cit.). Pour ce qui est des «tendances» auxquelles nous avons
fait allusion, on pourrait reconnaître en elles la prédominance
de l’un des trois gunas, à savoir tamas, rajas et sattwa.
De ce point de vue – c’est-à-dire considérant la Beauté comme
relativement «extérieure» par rapport à la Sagesse – celle
qui prédominera chez Pâris est alors tamas, l’obscurité assimilée
à l’ignorance (ce qui ne signifie évidemment pas que
l’«aspect divin» symbolisé par Vénus soit «tamasique» car ce
serait contradictoire), tandis que sattwa, identique à la lumière
de la Connaissance, prédominera chez Salomon. C’est
entre ces deux extrêmes que se déploie tout le parcours initiatique
destiné à conduire des «ténèbres à la Lumière». Cf. «Les trois gunas et l’initiation», article paru dans «La Lettre
G» n° 2, Équinoxe de Printemps 2005, pp. 41 à 66.
5. Cf. R. Guénon, La Grande Triade, Gallimard, Paris, 1993,
ch. XVII, «Le Wang ou le Roi-Pontife», pp. 144 à 152.
6. Cf. R. Guénon, Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, Éditions
Traditionnelles, 1954, ch. VII, «“Fidèles d’Amour” et “Cours
d’Amour”», pp. 73 à 81.
7. À propos de la relation entre Apprenti et Beauté, on
pourrait objecter que, puisque nous avons dit tout à l’heure
que l’attitude du profane était assujettie aux apparences, la
Beauté qu’incarne Vénus se rattacherait donc à un aspect extérieur.
Il s’agit cependant de deux conditions très différentes,
le cas du profane et celui de l’Apprenti en Maçonnerie
n’étant pas comparables du fait que la tâche de ce dernier
consiste précisément, en oeuvrant à «dégrossir la pierre
brute», à dépasser graduellement les apparences pour
atteindre, au grade de Maître, à la perfection de la «pierre
cubique à pointe», ce qui implique le passage de l’«extérieur» à l’«intérieur».
8. R. Guénon, L’homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions
Traditionnelles, Paris, 1991, ch. XXIII, «Vidêha-mukti et
jîvan-mukti», pp. 197-198, note 4.
9. Ibidem, pp. 196-197.
10. Pour éviter tout malentendu, il convient de préciser
qu’en mentionnant cette «fonction d’enseignement» nous
voulons souligner le rapport entre celle-ci et le rôle du Vénérable
Maître – placé sous les auspices de Minerve – dans
la Loge. Nous n’entendons pas assimiler par là ce rôle à celui
de «Maître spirituel» tel qu’on le déduit du passage de R.
Guénon que nous venons de citer. Néanmoins, «l’intégration
» complète du domaine cosmologique – «intégration»
qui correspond à l’«état primordial» et donc au grade de
Maître – implique, de la part de l’initié, la prise de conscience
active du «Guru intérieur» qui est le principe même de la
fonction de «Maître spirituel» et que le Vénérable Maître,
en tant que «représentant» de la Sagesse, rend en quelque
sorte «visible» à travers sa fonction. Cf. R. Guénon, Initiation
et Réalisation spirituelle, Éditions Traditionnelles, Paris, 1990,
ch. XXIII, «Travail initiatique collectif et “présence” spirituelle», pp. 180 à 186.
11. R. Guénon, Études sur l’Hindouisme, Éditions Traditionnelles,
Paris, 1989, «Kundalinî-Yoga», p. 33, note 1.
12. Nous ne pouvons nous arrêter ici sur cet aspect de la
question. Nous nous bornerons à observer que ces considérations
permettent d’entrevoir qu’il s’agit d’aspects ayant un
rapport «microcosmique» précis et qui sont notamment liés
à la «physiologie subtile» de l’être humain. Nous renvoyons
à ce propos à l’étude de R. Guénon citée en note précédente.
13. Cf. R. Guénon, La GrandeTriade, ch. XV, «Entre l’équerre
et le compas», pp. 128 à 134.
14. Cette «intelligence», selon les termes de Dino Compagni,
«fait de l’âme sa résidence, et m’a enchanté par sa beauté» [cf.
«La Lettre G» n° 4, p. 28]. Du reste, G. Bruno identifie Minerve
à la Sophia: «Qui est donc celle-ci, qui surgit comme
aurore naissante? Si belle? Si empreinte d’élection divine?
Si terrible? Elle est la sagesse, la Sophia, Minerve, belle comme
la lune, empreinte d’élection divine comme le soleil, terrible
comme une armée rangée en ordre de bataille» (G.
Bruno, op. cit.).
15. G. Bruno, op. cit.
16. Cf. R. Guénon, La Grande Triade, ch. XIII, «L’être et le
milieu», pp. 109 à 119.
17. Concernant la nature de ce combat, il nous semble intéressant
de citer la strophe suivante, tirée de l’Acerba de Cecco
d’Ascoli, «Fidèle d’Amour» comme Dante (et qui fut brûlé
comme hérétique six ans après la mort de ce dernier): «il
convient que je taise ce qui gît en moi / guerre dans mon âme, et paix
en ma bouche». Entre autres significations de ces paroles et
outre leur sens «politique» inhérent à la prudence exigée
du fait d’une «ambiance» très hostile, nous pensons en voir
une, plus profonde, relative à la nature même du travail initiatique,
c’est-à-dire liée, d’une part, au «secret» qui accompagne
inévitablement la réalisation initiatique et la rend
incommunicable en elle-même sauf par les symboles, et,
d’autre part, au combat intérieur qui, seul, est en mesure de
conduire à la «paix». À ce propos, on aura remarqué que,
dans le passage précédemment cité, G. Bruno parle de
guerres menées «contre des ennemis visibles ou invisibles».
18. De ce point de vue, la strophe de Dante que nous avons
placée en épigraphe nous semble très éloquente: le «souffle»
de Minerve «inspire» l’oeuvre du poète, tandis qu’Apollon,
c’est-à-dire le «principe solaire», le conduit et que les Muses
lui «montrent» les «Ourses», c’est-à-dire les constellations
qui portent ce nom. Il y a en cela, selon nous, une allusion
précise à la «Voûte étoilée» et aux degrés initiatiques auxquels
correspondent les Muses, chacune d’entre elles présidant
à un Art déterminé. D’autre part, Saraswatî est également
l’inspiratrice de la poésie, comme l’indique du reste
son nom Vâch (voix), terme identique au latin vox. Nous signalons
ce rapprochement car, de ce point de vue, il est très
significatif que Dante désigne Minerve comme inspiratrice
de son oeuvre poétique précisément au moment où il s’apprête
à entreprendre son voyage à travers les «Cieux».
19. La déesse Saraswatî elle-même est identifiée au fleuve
mythique qui porte le même nom et qui descend du ciel à la
terre.
20. Ed. Longanesi, Milan, 1983, p. 87.
21. Parmi ses emblèmes Saraswatî possède celui du cygne
qui représente, pour les Hindous, la caste primordiale unique,
Hamsa – qui signifie précisément cygne –, correspondant
à l’état d’«homme véritable», c’est-à-dire qui réunit ces
fonctions en lui et représente le principe dont toutes deux
dépendent.
22. R. Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, Paris,
1992, ch. LXX, «Coeur et cerveau», p. 401.
23. Cf. R. Guénon, La Grande Triade, ch. XIV, «Le médiateur», pp. 120 à 127.
24. G. Bruno, dans l’ouvrage que nous avons cité plusieurs
fois, dit que l’on peut «[…] considérer le soleil de l’intelligence
de trois façons: d’abord dans l’essence de la divinité;
ensuite dans la substance du monde qui est à l’image de celle-
ci; enfin dans la lumière de la conscience des êtres qui par-
ticipent de la vie et de la connaissance. Au premier degré, elle
est appelée et désignée par les Kabbalistes comme sephirot
hokmah; au second, elle est nommée par les théologiens orphiques
Pallas ou Minerve; au troisième, on lui donne communément
le nom de Sophia».
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