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Darkness visible [Ier partie]

La Lettre G  n° 6, pp. 61-75

(Extraits)

      [...] Les rituels maçonniques[8], qui occupent une position rectrice centrale dans la démarche du Maçon, furent l’objet, à diverses reprises et époques, d’adaptations nécessaires et donc légitimes, du fait qu’ils ne sont pas figés systématiquement dans leur littéralité. Mais, s’il est admissible que la forme d’un rituel puisse être adaptée dans une certaine mesure au langage particulier d’une époque sous peine de compromettre éventuellement ses possibilités d’appréhension, par contre, le contenu symbolique dont cette littéralité est le support doit être impérativement préservé et transmis ne variatur; ainsi, le corpus symbolique (et donc doctrinal) de l’Ordre verra sa mise en oeuvre maintenue en conformité avec le but poursuivi par le Métier de constructeur qui, en fait, n’est autre qu’une «projection» particulière du plan du Grand Architecte de L’Univers dont l’application vise à la réalisation de la plénitude de chaque être. Tous les éléments rituels fondamentaux entrent dans ce cadre et représentent la base doctrinale et méthodique qui constitue le Métier, à laquelle s’ajoutent divers dépôts symboliques -véritables héritages - que la Maçonnerie a recueillis au cours des âges. Ceci, indépendamment d’autres critères, autorise à en reconnaître l’élection comme Arche vivante des Symboles, et c’est pourquoi il appartient à ses membres - et notamment les Maîtres - de préserver les «germes» qu’elle renferme en son sein afin d’assurer leur fructification «lorsque les temps et les circonstances le permettront»[9].

      Dans cette perspective, nous allons aborder un usage encore perceptible dans les rituels des XVIIIe et du début du XIXe siècles qui relèvent de certains Rites (notamment le Rite Français ou Moderne et le Rite Ecossais Ancien et Accepté), et qui représente un vestige d’une séquence rituelle contribuant à l’intégration «opérative» de la Maîtrise maçonnique. Cet usage, qui a subsisté partiellement jusqu’à aujourd’hui, est appliqué le plus souvent sans que sa signification véritable soit vraiment comprise[10]. Mais avant d’en examiner la teneur et la portée, il nous paraît souhaitable d’apporter quelques précisions sur divers aspects spécifiques à la Chambre du Milieu. [...]

André Bachelet



notes

  8. La Maçonnerie se pratique selon différents Rites, qui sont autant de modes d’appréhension de la démarche commune du Métier de constructeur; d’autre part, des variantes rituelles existent dans le cadre de chaque Rite. Cette situation profite également aux innovateurs et réformateurs d’esprit profane qui, notamment en France, s’efforcent d’imposer de nouveaux rituels dans lesquels sont introduits des éléments souvent déviants. Il serait intéressant d’examiner de près certaines versions récentes des Rites Français Moderne et Ecossais Ancien et Accepté qui se recommandent de la plus grande ancienneté possible, celle-ci tenant trop souvent lieu de garant d’authenticité et de véracité...

  9. Cette formule est tirée du rituel de style Emulation pratiqué en France et en Italie. Le thème des héritages échus à la Maçonnerie a été développé par Denys Roman à partir d’éléments significatifs contenus dans l’oeuvre de R. Guénon qui a mis l’accent sur l’exceptionnelle faculté d’assimilation et de conservation de l’Ordre maçonnique (ce qui révèle une étroite affinité avec l’Hermétisme). C’est là le fil conducteur du thème majeur de l’oeuvre de D. Roman, et c’est ce qui le conduisit à qualifier la Maçonnerie d’«Arche vivante des Symboles». On consultera à ce sujet ses deux ouvrages: René Guénon et les Destins de la Franc-Maçonnerie et Réflexions d’un chrétien sur la Franc-Maçonnerie - «Arche vivante des Symboles» (Editions Traditionnelles, Paris, 1995); on notera, dans ce dernier livre et en rapport avec ce sujet, la citation suivante de Guénon, placée en exergue du chapitre IX, «Le Manuel maçonnique de Vuillaume»: «Il y aurait certainement beaucoup à dire sur ce rôle “conservateur” de la Maçonnerie et sur la possibilité qu’il lui donne de suppléer dans une certaine mesure à l’absence d’initiations d’un autre ordre dans le monde occidental actuel» (in «Parole perdue et mots substitués», op. cit.).

  10. Dans cette étude, nous nous limiterons exclusivement à la Maçonnerie dite «symbolique» (celle des trois premiers degrés de la loge «bleue») et en particulier au IIIe degré représenté ici par la «Chambre du Milieu»; le but est de souligner la possibilité et la nécessité, dans le cadre précis du Métier qui est trop souvent négligé, d’une opérativité plus effective. Nous ne mésestimons pas pour autant les développements mis en oeuvre par les «hauts grades», que ce soit dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté ou dans celui d’autres Rites.




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