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Changer de mentalité

La Lettre G  n° 1, pp. 17-33

(Extraits)

      Le fait que René Guénon ait toujours manifesté une attention particulière à tout ce qui se rapporte à la voie initiatique maçonnique, dès ses premiers écrits parus dans «La Gnose» et «La France Antimaçonnique», représente l’une des choses sur lesquelles il ne semblerait pas nécessaire de s’arrêter, sinon pour lever les équivoques qui continuent à être délibérément propagées par certains milieux. La grande place qu’il réserva expressément à l’initiation maçonnique[1] dans son oeuvre est pourtant visible à l’oeil nu, sans compter le fait, depuis longtemps notoire désormais, qu’il entreprit vers la fin de sa vie de soutenir certaines tentatives destinées à favoriser le réveil de l’«opérativité» au sein de la Maçonnerie «spéculative». On dirait même, à en juger par ce qui ressort de ses très nombreuses recensions touchant à des sujets de caractère maçonnique, que, tout au long des années, jamais Guénon n’a cessé d’oeuvrer en ce sens, cherchant à encourager dans ce domaine une revivification des tendances spirituelles endormies, dont il souhaitait plus que tout autre qu’elle puisse se produire[2].

      Nous avons remarqué, justement dans l’une de ses recensions, un avertissement qui, considéré sous cet angle, nous semble digne du plus grand intérêt, et c’est pourquoi il nous a paru opportun de développer dans la présente étude certaines des conséquences que l’on peut en retirer dans une perspective «opérative». Voici un bref résumé des points les plus importants de cette recension publiée dans les Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage (tome. I, pp. 244-247): partant d’un article paru au «Mercure de France», René Guénon en profite pour indiquer «le véritable remède» à la dégénérescence actuelle de la Maçonnerie, «et sans doute le seul»: ce serait de «changer la mentalité des Maçons, ou tout au moins [précise-t-il] de ceux d’entre eux qui sont capables de comprendre leur propre initiation, mais à qui, il faut bien le dire, l’occasion n’en a pas été donnée jusqu’ici». Et pour conclure il ajoute: «Pour “opérer un redressement de la Maçonnerie dans le sens traditionnel”, il ne s’agit pas de “viser la lune”, quoi qu’en dise “Inturbidus”, ni de bâtir dans les nuées; il s’agirait seulement d’utiliser les possibilités dont on dispose, si réduites qu’elles puissent être pour commencer; mais, à une époque comme la nôtre, qui osera entreprendre une pareille oeuvre?» [toutes les italiques sont nôtres]. On remarquera que le premier extrait reproduit ci-dessus recèle, serait-ce de façon voilée, une allusion à quelque fait nouveau, à quelque chose qui serait intervenu afin de permettre que se réalise le changement de mentalité préconisé. Eh bien, compte tenu du fait que la valeur intrinsèque des rites et des symboles conservés par la Maçonnerie est demeurée substantiellement inaltérée jusqu’à présent, quel est donc l’élément qui a bien pu venir s’ajouter pour que Guénon puisse considérer que les membres - dûment qualifiés - de celle-ci disposent maintenant d’une opportunité propre à leur faire prendre conscience, de façon effective, de leur propre initiation? [...]

L. M.



notes

  1. Outre les deux importants volumes consacrés aux Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, nous pensons à des textes comme ceux qui composent les Aperçus sur l’Initiation, Initiation et Réalisation spirituelle, L’Esotérisme de Dante et La Grande Triade ainsi qu’aux très nombreux chapitres des Symboles de la Science sacrée, qui offrent un intérêt purement maçonnique. Mais, si l’on y regarde bien, c’est dans chacun des écrits de René Guénon que l’on peut trouver des allusions, explicites ou non, à ce domaine, puisqu’en effet tous les sujets furent abordés par lui d’un point de vue essentiellement initiatique.

  2. Pour preuve de ce que nous affirmons, voici un passage tiré d’un article publié à l’origine en 1910 sous la signature de «Palingénius», et repris dans les Études sur la Franc- Maçonnerie et le Compagnonnage (tome. II, «Les Hauts Grades maçonniques», p. 271): «[...] on ne devrait jamais oublier le caractère initiatique de la Maçonnerie, qui n’est et ne peut être, quoi qu’on en ait dit, ni un club politique ni une association de secours mutuels. Sans doute on ne peut pas communiquer ce qui est inexprimable par essence, et c’est pourquoi les véritables arcanes se défendent d’eux-mêmes contre toute indiscrétion: mais on peut du moins donner les clefs qui permettront à chacun d’obtenir l’initiation réelle par ses propres efforts et sa méditation personnelle, et l’on peut aussi, suivant la tradition et la pratique constantes des Temples et Collèges initiatiques de tous les temps et de tous les pays, placer celui qui aspire à l’initiation dans les conditions les plus favorables de réalisation, et lui fournir l’aide sans laquelle il lui serait presque impossible de parfaire cette réalisation» [souligné par nous].




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