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La modalité «cognitive»sentimentale

La Lettre G  n° 11, pp. 3-17

(Extraits)

      Avant d’aborder le sujet de la présente étude, il nous semble opportun de préciser que cet article et les deux suivants – «Le développement de la raison» et «L’intuition intellectuelle» – forment un tout en rapports directs avec les phases mêmes du processus initiatique, lequel, comme on le sait, procède méthodiquement, par degrés successifs, de l’«extérieur» vers l’«intérieur». D’autre part, il doit être entendu que les considérations qui suivent, portant sur un objet éminemment synthétique, ne peuvent avoir de caractère systématique[1]. Et cela conformément à l’enseignement maçonnique, selon lequel la Maçonnerie ne pose «aucune limite à la recherche de la vérité», puisque cette dernière n’a point de limites. Par ailleurs, il n’est pas difficile de comprendre que cette «tripartition» est en relation avec les trois premiers degrés de l’initiation maçonnique: ceux-ci, en effet, correspondent – du moins d’un certain point de vue – aux opérations consistant à dégrossir la «pierre brute», puis à la polir jusqu’à obtention de la «pierre cubique» parfaitement équarrie, et enfin à y superposer un «couronnement» qui représente l’«achèvement» de l’«œuvre», c’est-à-dire le véritable «chef-d’œuvre»: la «pierre cubique à pointe»[2]. Il va sans dire que cette œuvre ne peut rien receler de mécanique, si l’on peut dire, comme nous l’avons souvent fait observer dans cette revue. Elle réclame, au contraire, un effort constant de synthèse et d’«intégration»[3], toute approche analytique étant vaine à cette fin et ne pouvant conduire qu’à une «dispersion» toujours plus poussée. Nous aurons l’occasion de revenir par la suite sur cette question. Nous nous bornerons pour l’instant à signaler, en conclusion de cette introduction, que la «tripartition» à laquelle nous venons de faire allusion correspond aussi à une subdivision et répartition hiérarchique naturelle de certaines facultés présentes dans l’être humain. Plus précisément, ce sont seulement les deux premières – la sentimentalité et la faculté rationnelle – qui appartiennent au domaine purement humain, tandis que la dernière, l’intuition intellectuelle, étant d’ordre universel et non plus individuel, relève de l’essence profonde de tout être[4]. Nous ajouterons encore que les deux premières, qui font partie du domaine «subtil» de l’individualité bien que leurs modalités et leurs rôles soient très différents, sont en rapport avec la première phase du travail initiatique relative à la «régénération psychique» rendue possible par la «seconde naissance», conséquence immédiate de l’initiation. La dernière concerne par contre la «troisième naissance», c’est-à-dire ce qui, avec le degré de Maître, permet d’accéder au domaine proprement spirituel ou intellectuel[5]. [...]

Pietro Gori



notes

  1. Cf. R. Guénon, Aperçus sur l’Initiation, Éditions Traditionnelles, Paris, 1976, ch. XXXII, «Les limites du mental».

  2.La Grande Triade, nrf Gallimard, Paris, 1957, ch. XII, «Le Soufre, le Mercure et le Sel».

  3. Cf. R. Guénon, Les Principes du Calcul infinitésimal, nrf Gallimard, Paris, 1946, notamment le ch. XXII, «Caractère synthétique de l’intégration».

  4. Sur cette question essentielle, voir R. Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions Traditionnelles, Paris, 1971, ch. II, «Distinction fondamentale du “Soi” et du “moi”».

  5. Cf. R. Guénon, Aperçus sur l’Initiation, ch. XXVI, «De la mort initiatique».




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